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révolution conservatrice - Page 8

  • Hongrie : la révolution conservatrice en marche ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Javier Portella consacré à la révolution conservatrice hongroise portée par le premier ministre Viktor Orban et son parti le Fidesz. Essayiste, Javier Portella a publié Les esclaves heureux de la liberté - Traité contemporain de dissidence (David Reinharc, 2012).

     

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    Hongrie : une grande révolution conservatrice en marche

    Face à la perte de toutes sortes de racines : culturelles, historiques, spirituelles, face à l’évanouissement de l’identité de nos peuples plongés dans la vulgarité de l’homme-masse – cet être à la fois individualiste et grégaire pour qui seules les questions immédiates comptent et seules les choses plaisantes importent –, la nation hongroise est en train de suivre un chemin profondément différent qui, depuis 2010, l’a conduite à s’écarter résolument de la voie libérale. Dans tous les domaines. Non seulement dans la sphère économique : dans les domaines culturel, spirituel, politique aussi.

    Si le peuple magyar s’écarte du libéralisme, serait-ce pour renier la démocratie et tomber dans les griffes d’une dictature d’extrême droite, « fasciste » même, comme les oligarques de la Nouvelle Classe, bureaucrates de Bruxelles en tête, ont accusé les dirigeants hongrois ? C’est même d’un « nouveau Mussolini » que la presse anglo-saxonne a parlé à propos du premier ministre Viktor Orbán(1).

    Non, la démocratie n’est pas du tout menacée en Hongrie. Aussi bien les libertés publiques que les règles du jeu démocratique sont parfaitement respectées par cette véritable « révolution conservatrice » (faisons un clin d’œil à la Konservative Revolution allemande des années 1920) dirigée par le Fidesz de Viktor Orbán, le parti qui, après avoir remporté avec une majorité absolue les élections de 2010 (52,73% des voix et deux tiers des sièges), a réussi à faire sortir la Hongrie de la débâcle où des années d’incurie socialiste l’avaient plongée. Dans la mesure où, loin de limiter les libertés publiques, c’est le pouvoir de la banque qui a été restreint, et, donc, sa capacité d’influencer les grands groupes médiatiques (nationalisation du Magyar Kereskedelmi Bank, MKB, avec achat de 99% de ses parts à la banque allemande Bayerische Landesbank), les règles de la pluralité démocratique se trouvent bien mieux respectées que sous la dictature de la pensée unique que la Nouvelle Classe financière et médiatique impose partout.

     

    Une Nouvelle Classe qui doit bien trembler en entendant des proclamations comme celles que fait le gouvernement de Viktor Orbán :

    « Nous proclamons que nous incombe l’obligation générale d’aider les plus vulnérables, les plus démunis. Nous proclamons que l’objectif commun des citoyens et de l’Etat est d’atteindre le plus haut niveau possible de bien-être, ainsi que la sécurité, l’ordre, la justice et la liberté pour tous. Nous proclamons que la démocratie n’est possible que dans la mesure où l’Etat est au service des citoyens et administre ses affaires de façon équitable, sans abuser de son pouvoir et sans leur porter des préjudices. »

    Quelle horreur ! Des mesures d’intervention économique de la part de l’Etat ! Aïe, aïe, aïe ! vont s’exclamer les naïfs… ou les intéressés à la préservation du pouvoir ploutocratique qui nous gouverne. Ces pauvres Hongrois, vont-ils poursuivre, viennent de se débarrasser du communisme, et les voilà sur le point d’y retomber. Quel fiasco doit être leur économie !

    Aucun fiasco, bien au contraire. Les résultats économiques – compte tenu surtout de la déconfiture d’où vient le pays – sont excellents. La Hongrie a pu sortir de la situation de faillite où elle se trouvait en 2010, lorsque le pays était intervenu par le FMI et par la Commission européenne, le produit intérieur brut se trouvait en chute libre (-6,8% en 2009), la dette publique galopait jusqu’à 82% du PIB, et la Banque centrale annonçait une banqueroute imminente. Qui plus est, en rompant avec des politiques jusque-là soumises aux diktats du capitalisme international – une dépendance qui a été qualifiée de « coloniale » par Viktor Orbán –, le gouvernement du Fidesz a réussi à faire sortir le pays de la récession et à réduire l’inflation en 2013 à 1,3%, le PIB ayant augmenté entre 2010 et 2013 d’une moyenne annuelle de 1%. Et alors que l’économie des pays de l’Union européenne stagnait (croissance zéro au deuxième semestre de 2014), c’est au grand étonnement de tous que la Hongrie parvenait à croître de 3,9%, son taux le plus élevé depuis 2006.

    Ceci pour ce qui concerne les résultats économiques. Quant au risque de retomber dans le communisme, soyons sérieux ! Chat échaudé craint l’eau froide, comme on le sait bien. Or le pays, plus qu’échaudé, a été ébouillanté… deux fois, même, de surcroît. Car les brutalités du nazisme, la Hongrie les a connues aussi, même si leur durée a été bien plus courte (à l’occasion du 70ème anniversaire de l’occupation nazie de 1944, un monument consacré à la mémoire des victimes vient cette année d’être inauguré justement dans le centre de Budapest).

    Bref, il n’y a en Hongrie aucune sorte de nostalgie pour les deux grands épouvantails auxquels les tenants du libéralisme font sans cesse référence, partout, de façon compulsive, comme s’ils n’avaient pas de meilleur argument à faire valoir – et ils n’en ont pas, en effet. Ils peuvent continuer à pousser de hauts cris et à agiter à l’encontre de la Hongrie autant de fantômes dictatoriaux qu’ils voudront (Bruxelles a même brandi la menace d’une expulsion de l’Union européenne), ce qui est en jeu dans le pays magyar n’a rien à voir ni avec la momie nazie ni avec le fossile communiste. Ce qui est en jeu en Hongrie va bien au-delà des schémas, vieux, vides, usés jusqu’à la corde, de « droite » et de « gauche ».

    La question nationale

    Ecoutons de nouveau les naïfs ou les intéressés : « Bon, bon, mais que me dites-vous de ce nationalisme arrogant, asservissant, de cette chose poussiéreuse, d’un autre temps, que les Hongrois sont en train de déployer à l’encontre notamment des peuples voisins ? »

    Ça y est ! Nous voilà face à l’éternelle confusion (en partie voulue). Elle consiste à amalgamer le patriotisme et le chauvinisme, à mettre dans le même sac la défense de la nation et l’arrogance asservissante, bornée, du nationalisme. C’est vrai, les deux se sont dans le passé trouvées confondues, pour notre malheur, plus d’une fois. Est-ce le cas aujourd’hui en Hongrie ?

    On peut en douter. Voyons ce qui, avec des mots qui grincent d’ailleurs à l’oreille de l’homme apatride d’aujourd’hui, est proclamé par la Constitution de 2011 :

    « Nous, membres de la nation hongroise, conscients en ce début de millénaire, de notre responsabilité pour l’ensemble de tous les Hongrois, nous proclamons ce qui suit :

    « Nous sommes fiers que notre roi Saint-Etienne ait fermement constitué l’Etat hongrois, ayant réussi à faire en sorte que notre pays fasse partie depuis mille ans de l’Europe chrétienne.

    « Nous sommes fiers de nos ancêtres, qui luttèrent pour la survie, la liberté et l’indépendance de notre pays. […] Nous sommes fiers que, pendant des siècles, notre peuple ait défendu l’Europe les armes à la main [allusion au rôle joué par la Hongrie face à l’invasion musulmane] et qu’il ait enrichi les valeurs communes de l’Europe par son talent et par ses actions. »

    L’idée même de Nation est inconcevable sans la prégnance du passé, sans la marque de la tradition qui, comme le dit Dominique Venner, « n’est pas le passé », ce qui est révolu, « mais ce qui ne passe pas ». Or, la Nation serait également inconcevable si elle ne se tendait pas tout autant vers l’avenir. La Nation – ce tout organique, supérieur à l’addition des parties qui le composent – n’est rien d’autre, finalement, que le lien constituant un peuple à travers le lien qui tient unis les morts, les vivants et ceux à venir(2).

    C’est pourquoi la Constitution hongroise proclame avec une pareille fermeté :

    « Après les décennies qui nous ont plongés au cours du XXème siècle dans un état de délabrement moral, nous avons toujours besoin d’une renaissance spirituelle et intellectuelle. C’est avec espoir que nous envisageons un avenir qui nous concerne nous tous et très particulièrement les générations les plus jeunes. Nous sommes convaincus que, grâce à leur talent, leur persistance et leur force morale, nos enfants et petits-enfants parviendront à redonner à la Hongrie la grandeur qui lui appartient. Notre Loi fondamentale sera le socle de notre ordonnancement juridique : une alliance entre les Hongrois du passé, du présent et de l’avenir. C’est là un cadre vivant où se trouve exprimée la volonté de la nation et la façon dont nous voulons vivre. »

    Parler d’identité nationale implique de parler aussi des rapports avec d’autres identités nationales – des rapports qui, souvent, ne sont pas particulièrement calmes et paisibles… C’est pourquoi il convient de souligner ces mots de la nouvelle Constitution hongroise :

    « Nous proclamons que les nationalités qui vivent avec nous font partie de la communauté politique hongroise et sont parties constitutives de l’Etat. Nous nous engageons à promouvoir et à sauvegarder notre héritage et notre langue hongroise, ainsi que la culture, la langue et l’héritage des nationalités qui vivent en Hongrie, tout comme les biens naturels et les œuvres exécutées par la main de l’homme dans la vallée des Carpates.

    « Nous sommes responsables vis-à-vis de nos descendants. C’est pourquoi il nous faut protéger les conditions de vie des futures générations en faisant un usage prudent de nos ressources matérielles, intellectuelles et naturelles. Nous croyons que notre culture nationale constitue un apport précieux à la diversité de l’unité européenne. »

    L’invocation à l’Europe, à son présent et à son passé, est sans équivoque, omniprésente. La question est donc : une telle invocation européenne est-elle compatible avec la défense de la grandeur de la nation qui l’invoque (hé oui : c’est bien de grandeur, non d’utilité ou de rentabilité, que ces gens-là parlent) ? Les deux exigences sont non seulement compatibles mais indispensables. Il est indispensable de proclamer notre appartenance simultanée, conjointe, aux deux patries : à notre grande patrie européenne et à notre « petite patrie » (patria chica, dit-on en espagnol), là où se trouvent nos racines les plus intimes, immédiates, proprement nationales.

    Qu’en est-il des autres « petites patries » ? Qu’en est-il des autres peuples et nationalités avec lesquels la Hongrie se trouve impliquée dans ce grand entrecroisement de peuples et de langues qu’est l’Europe centrale (cet enchevêtrement que l’Empire austro-hongrois tâcha de résoudre tant bien que mal : plutôt bien, d’ailleurs, bien mieux, certes, que les Etats dont le cloisonnement fut imposé par les puissances victorieuses en 1918, lorsque la première partie de notre guerre civile européenne prit fin).

    Qu’en est-il, plus concrètement, de la Transylvanie ?

    Composée de populations aussi bien hongroises que roumaines, elle avait fait partie de la Hongrie jusqu’en 1918. Depuis lors, elle fait partie de la Roumanie. Fidèle à son principe selon lequel « la Hongrie a le devoir de prendre en charge le destin des Hongrois vivant en dehors de ses frontières », le nouvel Etat magyar – c’est bien d’un nouvel Etat qu’il s’agit, non seulement d’un nouveau gouvernement – a octroyé aux habitants hongrois de la Transylvanie aussi bien la nationalité que le droit au vote, en même temps qu’il prenait différentes mesures vouées à promouvoir la langue et la culture hongroises : des mesures qui sont en elles-mêmes, il va sans dire, hautement conflictuelles, mais dont il n’a jusqu’à présent découlé aucun véritable conflit.

    La question, d’une façon plus générale, est la suivante : ce profond patriotisme qui traverse la Hongrie a-t-il quelque chose à voir (ou non) avec le chauvinisme borné et insolent dont l’agressivité a dans le passé été à la source de tant de maux en Europe ? Cette renaissance de l’idée même de Nation a-t-elle quelque chose à voir (ou non) avec le fanatisme frustre et sectaire qui n’est capable d’affirmer son identité qu’à travers le rejet de l’Autre, comme on le sait si bien en Espagne, où un tel démon s’est emparé de certaines de ses régions ? A la lumière des données dont on dispose, tel ne semble pas être un mal affligeant le pays magyar.

    La question religieuse

    Il reste l’autre grande question : celle de la religion, celle de cet étrange pays qui, dans l’Europe d’aujourd’hui, a l’audace d’invoquer publiquement, officiellement, Dieu et la chrétienté. « Que Dieu bénisse les Hongrois ! », peut-on lire dans le frontispice de la Constitution (un endroit plus convenable, au demeurant, que les billets de banque d’un certain pays où on peut lire « In God we trust »). C’est ainsi que commence la Constitution qui proclame que la Hongrie est un Etat officiellement chrétien. Cohérent avec une telle proclamation, le gouvernement actuel, dont la devise est « Soli Deo Gloria », a pris plusieurs mesures destinées à promouvoir la culture chrétienne (quel que soit le jugement qu’on porte sur le christianisme, voilà qui est toujours préférable à la promotion de la culture nihiliste…), en même temps qu’il s’est consacré à la défense de la famille et au combat contre l’avortement.

    Et pourtant, le divorce n’a pas été interdit, ni l’avortement pénalisé. Qui plus est, le nombre de divorces et d’avortements est toujours très élevé en Hongrie, pays qui occupe la troisième place dans le classement mondial de ruptures matrimoniales (65% des mariages contractés finissent par un divorce). En ce qui concerne les mesures prises pour lutter contre l’avortement (dont le chiffre double le taux, déjà très élevé, existant par exemple en Espagne), elles se limitent à l’information et à la propagande en faveur d’une croissance démographique jugée clé pour l’avenir du pays. Pour tout dire, on a même l’impression que les raisons d’ordre démographique l’emportent largement, dans l’esprit des dirigeants hongrois, sur les motivations proprement religieuses.

    Dans des propos qui d’ailleurs heurtent de front la position du Vatican, c’est ainsi que Viktor Orbán s’explique au sujet de la crise démographique subie par l’Europe… et de l’immigration de peuplement avec laquelle certains prétendent la résoudre.

    « L’immigration massive ne peut nullement résoudre le problème auquel l’Europe doit faire face. […] L’histoire a démontré que les civilisations qui ne sont pas biologiquement capables de se perpétuer elles-mêmes sont vouées à disparaître – et elles disparaissent. Tel est le cas de notre civilisation, de l’Europe. L’immigration massive, proposée par certains afin d’y remédier, provoque des tensions qui, du fait des différences culturelles, religieuses et de style de vie, font augmenter les conflits et les secousses politiques. Le bon sens commande à l’Europe de faire face à ses problèmes démographiques par une voie naturelle qui respecte et protège la famille et la paternité. »

    Que reste-t-il alors de l’invocation chrétienne que le nouvel Etat fait avec tant d’ardeur ? Il reste l’essentiel. Ce qui devrait, en tout cas, être l’essentiel : la dimension symbolique, rituelle, propre à toute religion.

    Non pas la prétention à commander la vie et à réglementer la conduite des mortels. La prétention, par contre, à être le signe – et signe collectif, signe pour l’ensemble d’un peuple – du grand, du saisissant mystère par lequel le monde est. Un signe, un symbole qui, pour le peuple hongrois, prend particulièrement forme, par exemple, lors des célébrations annuelles du 20 août, jour de la Fête nationale, autour de la figure du roi saint Etienne, lorsque les autorités de l’Etat participent à la messe solennelle célébrée à la basilique de Budapest, tandis que les forces armées se joignent à la procession qui, portant la relique du fondateur de la patrie, parcourt solennellement, au milieu d’une foule aussi grande que fervente, les rues de la capitale.

    Que Dieu bénisse les Hongrois !

    Que Dieu et les anciens dieux des Européens nous bénissent tous !

    Javier Portella (Polemia, 6 décembre 2014)

     

    Notes :

    1) Damien Sharkov, « Hungary’s Mussolini Vows to Make the EU Member an “Illiberal State” », Newsweek, 30.7.2014.

    2) Même lorsque, dans la vision libérale du monde, la Nation est affirmée avec force – aux Etats-Unis aujourd’hui, par exemple, ou en Europe hier –, ce n’est jamais comme un tout organique que la communauté nationale est conçue. Elle est envisagée comme une association dont les membres – « les citoyens » – se retrouvent dans une sorte de Grand Club régi par un fameux Contrat. Il en va de même pour le passé, pour la tradition. On peut, certes, dans la vision libérale du monde, s’intéresser au passé, porter sur lui le regard amusé (ou savant) qu’on accorde aux choses curieuses, pittoresques : un regard qui, du même coup, interdit que le passé soit ressenti comme le lien vivant qui nous relie à la source qui nous fait être. C’est dans ses Statuts eux-mêmes que la Nation-Club, cette association aussi atomisée que grégaire, porte inscrite la marque de la dissolution. Ce n’est donc pas étonnant qu’un tel Club ait fini par être dissous.

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  • Quatre figures de la Révolution Conservatrice allemande...

    Les éditions des Amis d'Alain de Benoist viennent de publier Quatre figures de la Révolution Conservatrice allemande, un essai d'Alain de Benoist consacré à Werner Sombart, Arthur Moeller van de Bruck, Ernst Niekisch et Oswald Spengler. Ecrivain et philosophe, l'auteur dirige les revue Nouvelle Ecole et Krisis, et est également éditorialiste du magazine Eléments...

    L'ouvrage est disponible sur le site de la revue Eléments.

     

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    " Sous la République de Weimar, des centaines d’auteurs, de théoriciens et de personnalités politiques ont fait partie de ce qu’on a appelé après 1945 la Révolution Conservatrice, ce vaste, mouvement de pensée et d’action, divisé en multiples courants et tendances, qui rassemblait ceux des adversaires du traité de Versailles qui se refusaient à rejoindre le nazisme naissant.
    Après 1933, sous le IIIe Reich, ils furent pour la plupart marginalisés, voués à l’«exil intérieur », parfois persécutés ou contraints à l’exil.
    Alain de Benoist présente dans ce livre quatre figures emblématiques de cette mouvance : l’économiste Werner Sombart, grand spécialiste de l’histoire du mouvement social, Arthur Moeller van den Bruck, chef de file des jeunes-conservateurs berlinois, qui fut un critique implacable de l’idéologie libérale, Ernst Niekisch, théoricien du national-bolchevisme, à l’itinéraire stupéfiant (il fut à la fois emprisonné sous la République de Weimar et sous le national-socialisme), et enfin Oswald Spengler, le célèbre auteur du Déclin de l’Occident, dont les dures prophéties ont marqué le siècle. Restés longtemps méconnus, ils méritent d’être redécouverts aujourd’hui. "

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  • Une révolution conservatrice française ?...

    Après les éditions Avatar en 2007, les éditions Kontre Kulture rééditent aujourd'hui les Cahiers du Cercle Proudhon, revue publiée entre 1911 et 1914 aux marges de l'Action française et de la mouvance syndicaliste révolutionnaire, à laquelle participèrent notamment Georges Valois et Edouard Berth. Cette nouvelle édition est précédée par un mémoire de Pierre Brague intitulé "Le Cercle Proudhon ou l'existence d'une révolution conservatrice française".

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    " De 1911 à 1914, s’est tenu en France une des expériences politiques les plus intéressantes de l’Histoire des idées.

    Cénacle de réflexion se revendiquant de la figure tutélaire de Pierre-Joseph Proudhon, principalement réuni autour d’Édouard Berth et de Georges Valois, respectivement sous l’égide de Georges Sorel et de Charles Maurras, le Cercle Proudhon se veut une union sacrée envers les institutions démocratiques, honnies en tant que bourgeoises, libérales, républicaines, parlementaristes et ploutocrates.

    Combat de patriotes français issus de deux traditions antidémocratiques, de droite et de gauche, le Cercle Proudhon tente de concilier royalisme et syndicalisme révolutionnaire, Tradition et Révolution, nation et lutte des classes, dans un même attachement aux valeurs et aux vertus du travail, de la production, de la culture classique, de la virilité et de l’héroïsme.

    Révolutionnaire contre les socialistes réformistes, et Contre-révolutionnaire vis-à-vis des modernistes républicains, le Cercle Proudhon se posait, comme en témoignent ses publications sous forme de Cahiers, en véritable alternative au libéralisme marchand, à l’exploitation du peuple et à la destruction de la nation.

    Peu diffusé, en proie à ses contradictions, et détruit par l’éclatement de la Grande Guerre, la tentative du Cercle Proudhon est souvent occultée par l’histoire officielle ou présentée comme une expérimentation « préfasciste »…

    L’étude de ses écrits et de ses composants nous pousse plutôt à tirer les espoirs et les limites d’une pareille expérience et d’envisager les idées et les actes de cette « révolution conservatrice française » comme un modèle et un honneur pour tous ceux qui se veulent conséquents sur le champ politique. "

     

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  • La Révolution conservatrice allemande...

    Les éditions du Lore publient dans le courant du mois un recueil de Robert Steuckers intitulé La Révolution conservatrice allemande - Biographie de ses principaux acteurs et textes choisis. Figure de ce qu'il est convenu d'appeler la Nouvelle Droite, Robert Steuckers a, à côté de ses activités de traducteur, animé plusieurs revues de qualité comme Orientations et Vouloir , et est un de ceux qui, avec Louis Dupeux et Alain de Benoist, a le plus contribué à faire connaître dans l'aire francophone cette galaxie d'auteurs, de groupes et de revues, actifs dans l'Allemagne de Weimar, qu'Armin Mohler a englobé sous l'appellation de Révolution conservatrice. Un ouvrage indispensable, et depuis longtemps attendu ! ...

    L'ouvrage est disponible en souscription jusqu'au 8 avril sur le site des éditions du Lore : Editions du Lore

     

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    " Si la vulgate considère la Révolution conservatrice allemande comme un « laboratoire d’idées », il n’en demeure pas moins que cette dernière représente une extraordinaire aventure métapolitique qui inspire encore beaucoup d’idéologues, de philosophes et d’artistes aujourd’hui à travers le monde.

    L’une de ses grandes figures, Arthur Moeller van den Bruck, proposa en son temps de penser un système politique qui succéderait au IIe Reich bismarko-wilhelminien au-delà des clivages gauche/droite, où les oppositions entre socialisme et nationalisme seraient sublimées en une synthèse nouvelle.

    Dans ce recueil de grande densité, Robert Steuckers (ex-G.RE.C.E, Vouloir, Synergies Européennes) a regroupé la majorité de ses textes sur le sujet. Le lecteur y découvrira notamment les conférences pointues données par l’auteur entre 1994 et 2013 ainsi que diverses notices biographiques d’acteurs, illustres et moins connus, de la Révolution conservatrice allemande. "

     

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  • Vers une révolution conservatrice ?...

    Les éditions Pierre-Guillaume de Roux publient cette semaine un essai de Paul-François Paoli intitulé Malaise de l'Occident - Vers une révolution conservatrice ? . Chroniqueur au Figaro littéraire, Paul-François Paoli est l'auteur de plusieurs essais, dont La tyrannie de la faiblesse (Bourin, 2010) et Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (Bourin, 2012).

     

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    " La France est-elle au bord de la guerre civile ainsi que le clament de manière unanime l’ensemble des médias, toutes tendances confondues ?  Le mal profond dont souffre le pays résulte de plusieurs fractures dépassant de loin  la « fracture sociale » dénoncée par Jacques Chirac il y a 20 ans. Ainsi les grandes manifestations contre le « mariage pour tous » ont témoigné du fossé existant désormais entre une France affiliée à une certaine vision « naturaliste » de la famille et le monde parisien où les partisans du « mariage pour tous » sont très majoritaires. Cette fracture est extrêmement profonde car dépassant les affiliations politiques: il s'agit, ni plus ni moins, d'une vision de l'homme, de la femme et de l'enfant. Une autre question, tout aussi dramatique par sa violence, a trait à l'identité de la France et de la République.  D’un côté, la gauche a réussi à imposer, à travers les discours récurrents de Peillon, Hamon, Taubira ou Hollande, une vision de "l'homme universel" dont, nous autres Français, aurions, en quelque sorte, déposé l'imprimatur depuis la Révolution Française. Là encore il s'agit d'une spécificité française, marquée par la culture jacobine, mais aussi par les idéaux du Grand Orient de France auxquels moult ministres socialistes sont affiliés. Cet universalisme idéologique n'est pas aussi partagé qu'on le croit et son affirmation autoritaire instaure un clivage dans un pays marqué par le morcellement croissant des identités. La troisième fracture  découle de l'histoire d'une Résistance marquée par l'influence communiste. Au point que toute contestation de sa vision passe pour une forme de collaborationnisme. La pensée gaullienne, nationale dans son essence, a été, en fin de compte, occultée au bénéfice d'un humanisme messianique dont Stéphane Hessel est devenu, ces dernières années, le parangon médiatique. Occultation qui est la raison d'être fondamentale de l'apparition du FN dans les années 80, lequel se construit sur les ruines du gaullisme politique.  Aux yeux d'un De Gaulle, la légitimité de l'Etat français est fondée sur un peuple; le peuple français, dont la francité n'est pas réductible à la citoyenneté , prônée à toute force par la République officielle de Peillon et consorts, mais relève aussi d'un sentiment d'affiliation historique et culturelle.. . Toutes ces fractures ont pour enjeu la survie même du pays. A l'heure où émergent ces grands blocs que constituent l'Inde et la Chine et où se radicalise l'Islam, il semble vain de se nourrir d'illusions sur le rôle, par définition universel, de la France dont l'influence, désormais scellée par l'entreprise européenne, s'est amoindrie depuis la fin de l'Empire colonial. Alors quelle révolution  s’impose-t-elle sinon, celle qu’on appellera «  conservatrice » ? "

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  • Ernst Jünger et la Révolution conservatrice...

    Nous reproduisons ci-dessous un extrait du livre d'entretien de Dominique Venner, Le choc de l'histoire (Via Romana, 2011), cueilli sur Euro-synergie et tiré du site Orage d'acier, dans lequel il évoque Ernst Jünger et la Révolution conservatrice allemande...

     

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    Ernst Jünger et la Révolution conservatrice

    Pauline Lecomte : Vous avez publié naguère une biographie intellectuelle consacrée à Ernst Jünger, figure énigmatique et capitale du XXe siècle en Europe. Avant de se faire connaître par ses livres, dont on sait le rayonnement, cet écrivain majeur fut un très jeune et très héroïque combattant de la Grande Guerre, puis une figure importante de la "révolution conservatrice". Comment avez-vous découvert l’œuvre d'Ernst Jünger ?

    Dominique Venner : C'est une longue histoire. Voici longtemps, quand j'écrivais la première version de mon livre Baltikum, consacré à l'aventure des corps-francs allemands, pour moi les braises de l'époque précédente étaient encore chaudes. Les passions nées de la guerre d'Algérie, les années dangereuses et les rêves fous, tout cela bougeait encore. En ce temps-là, un autre écrivain allemand parlait à mon imagination mieux que Jünger. C'était Ernst von Salomon. Il me semblait une sorte de frère aîné. Traqué par la police, j'avais lu ses Réprouvés tout en imaginant des projets téméraires. Ce fut une révélation. Ce qu'exprimait ce livre de révolte et de fureur, je le vivais : les armes, les espérances, les complots ratés, la prison... Ersnt Jünger n'avait pas connu de telles aventures. Jeune officier héroïque de la Grande Guerre, quatorze fois blessé, grande figure intellectuelle de la "révolution conservatrice", assez vite opposé à Hitler, il avait adopté ensuite une posture contemplative. Il ne fut jamais un rebelle à la façon d'Ernst von Salomon. Il a lui-même reconnu dans son Journal, qu'il n'avait aucune disposition pour un tel rôle, ajoutant très lucidement que le soldat le plus courageux - il parlait de lui - tremble dans sa culotte quand il sort des règles établies, faisant le plus souvent un piètre révolutionnaire. Le courage militaire, légitimé et honoré par la société, n'a rien de commun avec le courage politique d'un opposant radical. Celui-ci doit s'armer moralement contre la réprobation générale, trouver en lui seul ses propres justifications, supporter d'un cœur ferme les pires avanies, la répression, l'isolement. Tout cela je l'avais connu à mon heure. Cette expérience, assortie du spectacle de grandes infamies, a contribué à ma formation d'historien. A l'époque, j'avais pourtant commencé de lire certains livres de Jünger, attiré par la beauté de leur style métallique et phosphorescent. Par la suite, à mesure que je m'écartais des aventures politiques, je me suis éloigné d'Ernst von Salomon, me rapprochant de Jünger. Il répondait mieux à mes nouvelles attentes. J'ai donc entrepris de le lire attentivement, et j'ai commencé de correspondre avec lui. Cette correspondance n'a plus cessé jusqu'à sa mort.

    P. L. : Vous avez montré qu'Ernst Jünger fut l'une des figures principales du courant d'idées de la "révolution conservatrice". Existe-t-il des affinités entre celle-ci et les "non conformistes français des années trente" ?

    D. V. : En France, on connaît mal les idées pourtant extraordinairement riches de la Konservative Revolution (KR), mouvement politique et intellectuel qui connut sa plus grande intensité entre les années vingt et trente, avant d'être éliminé par l'arrivée Hitler au pouvoir en 1933. Ernst Jünger en fut la figure majeure dans la période la plus problématique, face au nazisme. Autour du couple nationalisme et socialisme, une formule qui n'est pas de Jünger résume assez bien l'esprit de la KR allemande : "Le nationalisme sera vécu comme un devoir altruiste envers le Reich, et le socialisme comme un devoir altruiste envers le peuple tout entier".
     
         Pour répondre à votre question des différences avec la pensée française des "non conformistes", il faut d'abord se souvenir que les deux nations ont hérité d'histoires politiques et culturelles très différentes. L'une était sortie victorieuse de la Grande Guerre, au moins en apparence, alors que l'autre avait été vaincue. Pourtant, quand on compare les écrits du jeune Jünger et ceux de Drieu la Rochelle à la même époque, on a le sentiment que le premier est le vainqueur, tandis que le second est le vaincu.
     
         On ne peut pas résumer des courants d'idées en trois mots. Pourtant, il est assez frappant qu'en France, dans les différentes formes de personnalisme, domine généralement le "je", alors qu'en Allemagne on pense toujours par rapport au "nous". La France est d'abord politique, alors que l'Allemagne est plus souvent philosophique, avec une prescience forte du destin, notion métaphysique, qui échappe aux causalités rationnelles. Dans son essais sur Rivarol, Jünger a comparé la clarté de l'esprit français et la profondeur de l'esprit allemand. Un mot du philosophe Hamman, dit-il, "Les vérités sont des métaux qui croissent sous terre", Rivarol n'aurait pas pu le dire. "Il lui manquait pour cela la force aveugle, séminale."

    P. L. : Pouvez-vous préciser ce qu'était la Weltanschauung du jeune Jünger ?

    D. V. : Il suffit de se reporter à son essai Le Travailleur, dont le titre était d'ailleurs mal choisi. Les premières pages dressent l'un des plus violents réquisitoires jamais dirigés contre la démocratie bourgeoise, dont l'Allemagne, selon Jünger, avait été préservée : "La domination du tiers-état n'a jamais pu toucher en Allemagne à ce noyau le plus intime qui détermine la richesse, la puissance et la plénitude d'une vie. Jetant un regard rétrospectif sur plus d'un siècle d'histoire allemande, nous pouvons avouer avec fierté que nous avons été de mauvais bourgeois". Ce n'était déjà pas mal, mais attendez la suite, et admirez l'art de l'écrivain : "Non, l'Allemand n'était pas un bon bourgeois, et c'est quand il était le plus fort qu'il l'était le moins. Dans tous les endroits où l'on a pensé avec le plus de profondeur et d'audace, senti avec le plus de vivacité, combattu avec le plus d'acharnement, il est impossible de méconnaître la révolte contre les valeurs que la grande déclaration d'indépendance de la raison a hissées sur le pavois." Difficile de lui donner tort. Nulle part sinon en Allemagne, déjà avec Herder, ou en Angleterre avec Burke, la critique du rationalisme français n'a été aussi forte. Avec un langage bien à lui, Jünger insiste sur ce qui a préservé sa patrie : "Ce pays n'a pas l'usage d'un concept de la liberté qui, telle une mesure fixée une fois pour toutes est privée de contenu". Autrement dit, il refuse de voir dans la liberté une idée métaphysique. Jünger ne croit pas à la liberté en soi, mais à la liberté comme fonction, par exemple la liberté d'une force : "Notre liberté se manifeste avec le maximum de puissance partout où elle est portée par la conscience d'avoir été attribuée en fief." Cette idée de la liberté active "attribuée en fief", les Français, dans un passé révolu, la partagèrent avec leurs cousins d'outre-Rhin. Mais leur histoire nationale évolué d'une telle façon que furent déracinées les anciennes libertés féodales, les anciennes libertés de la noblesse, ainsi que Tocqueville, Taine, Renan et nombre d'historiens après eux l'ont montré. A lire Jünger on comprend qu'à ses yeux, à l'époque où il écrit, c'est en Allemagne et en Allemagne seulement que les conditions idéales étaient réunies pour couper le "vieux cordon ombilical" du monde bourgeois. Il radicalise les thèmes dominants de la KR, opposant la paix pétrifiée du monde bourgeois à la lutte éternelle, comprise comme "expérience intérieure". C'est sa vision de l'année 1932. Avec sa sensibilité aux changements d'époque, Jünger s'en détournera ensuite pour un temps, un temps seulement. Durant la période où un fossé d'hostilité mutuelle avec Hitler et son parti ne cessait de se creuser.

    Dominique Venner, Le choc de l'histoire (Via Romana, 2011)
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